“Que la joie prenne le pouvoir, qu’elle fasse un coup d’état, un putsch, une révolution.

Quoiqu’une révolution, c’est décrire un grand cercle et revenir au même endroit.

Alors non.

Je veux sauter à pieds joints dans une autre dimension.

Je change de marelle, de crémerie, d’ambiance de quartier.

Je passe de l’autre côté du miroir.

De l’autre côté, où la colère qui calcine n’est plus qu’un souvenir, l’écho lointain d’un rire crépitant.

De l’autre côté, où l’appréhension qui consume se moque de sa propre absurdité, celle de son absence à tout et surtout à elle-même.

Je passe de l’autre côté de la force, là où le pouvoir est puissance, là où il est, tout simplement.

Fini le mouvement effréné.

La peur de mourir est morte.

Paix à mon âme.

Là où règne la joie, nul n’est besoin de s’agiter pour exister.

Quelle plénitude !

Je ne donne plus le change, je suis à court de répliques.

Les personnages ont déposé leurs costumes et échangé leurs masques, ils ne se reconnaissent même plus.

Le Carnaval est officiellement annulé.

Plus aucun programme, zéro liste, rien en attente.

Être en avance n’est qu’une autre forme de retard, mais à l’envers.

Je ne fais absolument rien et ça ne me terrifie pas.

Je joue à me diluer, à disparaître, pour renaître de part et d’autre des éclats de verre – de ton rire étoilé dirait Prévert.

Oui je veux ressusciter pour toujours dans ce souffle retrouvé.”

CONVERSATION INTERNE

Interne oui, pas intime

Quoique

L’intimité mérite d’être redéfinie par les temps qui courent

Et ces mois qui volent.

D’ailleurs, où il va tout ce temps ?

Ces journées au goût de déjà vu, de déjà vécu

« Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre »

Ce rêve familier.

Quels messages se cachent dans cette routine ?

Quel sens peut bien avoir cette répétition ?

Ah ! La « quête de sens », ne l’oublions surtout pas, c’est la question du siècle.

Enfin il paraît.

Des fois je me demande s’il faut vraiment qu’il y en ait un, de sens ?

Et s’il existe, le cherchons-nous au bon endroit ?

La quête.

Le grand mot

L’idée même de se mettre en quête est un non-sens

Et c’est bien le cas de le dire.

Ni sens, ni direction, plutôt intersection.

Un point et non une ligne.

Eh ben

T’en as des choses à dire tout d’un coup.

C’est le surplace qui te fait cet effet ?

Je me suis toujours parlé, ce n’est pas la nouveauté

En revanche

M’arrêter

Ça n’était pas prévu sur mon ADN.

Il faudrait que je mute

ou que je baisse le son.

Toute l’énergie dispersée aux quatre vents se retourne contre moi,

Dosha d’air et de vide.

Je prends garde à moi.

Je m’éloigne des fenêtres, des fois qu’un courant m’emporte.

Le lâcher prise n’est pas un chemin,

Le lâcher prise est un instant,

Que je reporte.

Souffle et Mémoire

D’un doigt d’un seul

Je pose quelques mots

Qui, s’ils pouvaient,

Par écran interposé,

Embrasser un front

Effleurer une joue

Essuyer une larme

Serrer des bras,

Auraient accompli la véritable mission que je leur soupçonne.

Dire les maux,

pour qu’ils s’apaisent

En quelques mots,

leur donner forme,

les faire entendre,

leur permettre d’être lus,

leur permettre d’être vus.

Et par cette pirouette,

tordre le cou au mal

Par ce tour de magie,

cesser la contorsion des corps que l’on ne laisse pas parler.

Tristesse,

Tristesse profonde du monde qui n’est plus entendu,

Tristesse des corps à qui il a insufflé la vie,

Écho des mémoires

Mémoire des temps anciens

Écho lointain de ceux qui savaient,

Toute la tristesse du chagrin tu et du souffle retenu

Et qui se meurt de ne plus s’écouler.

Remontant des profondeurs de nos blessures ignorées,

Le mal qui circule ne demande qu’à être lu:

Quand elles seront dites,

Quand sur elles des mots seront posés

Les maux qui nous guettent seront vite envolés

 

Fermeture dehors

Ouverture dedans

Flip flop

Ciels sereins sur des bateaux rares

Barrages routiers de part en part

Drôle de temps, comme un état de siège

Chenilles dans nos cocons

Assignées à résidence par des micro-organismes

Assiégées, par une armée invisible

État d’urgence

Urgences débordées

Urgence de ne plus rien faire qui aggrave notre état

État actuel des connaissances qui nous renvoie à notre ignorance

Je tourne en rond dans mes journées pourtant j’avance bien dans ma tête

Que cette occasion ne soit pas perdue d’interroger notre humilité

Bas les masques

Hauts les cœurs

Je sais si bien

Qu’il ne m’est rien donné de vivre dont je n’aie grand besoin

Et il est grand le gouffre

Et il ne sera jamais comblé

Et c’est de ce puit sans fond

Que j’alterne

Silences radio et monologues en stéréo

Ils disent la même chose, au fond

Que je ne vois pas où on va mais que je vois de mieux en mieux en moi

Que nous ne sommes qu’une hallucination collective

Collectivement partagée

Où chacun de sa perspective

Se croit si singulier

Flip flop

Le songe est inversé

Et c’est le papillon qui se rêvait vieux sage

Qui vient tout juste de se réveiller

La complainte du vent

Un courant d’air entre quatre murs

Qui tourne en rond

Qui tourne à vide

Et que torture un appel d’air

Qui vient de loin

Du plus profond de ma nature

Et il chuchote à mon oreille

Des mots tendres et des mots durs

Il me dit vient par là

Je te propose de t’enfuir

Retrouver les grands espaces d’où tu viens

Où tu respires

Et si, pour une fois, tu t’autorisais à faire le mur.

Une autre voix, supposée mature,

Me dit ancre toi

Cesse de fuir

Ce que tu cherches est déjà là

Sous tes yeux

A portée de main

Mais l’appel de l’aventure est si profond, si fort

Inhérent à ma nature

J’oscille

Je m’approche

J’effleure et

Je me faufile

Que de bruit

Quel vacarme

Moi qui ne me ressource que dans le silence

Il va falloir que je trouve autre chose

Une porte dissimulée

Une fenêtre secrète

Par où laisser s’échapper

Par mon habituelle pirouette

Ces rafales qui tonnent en moi

Comment apaiser ce tourbillon qui me prend pour son centre

Avant qu’il ne se fasse cyclone et ne me disperse aux quatre vents?

Je me dis que la vie est un exercice

De haute voltige et

Qu’elle ne m’envoie que de quoi muter

Changer

Grandir

Cela devrait pourtant m’apaiser

Mais en quoi un courant d’air pourrait-il se transformer ?

Que peut-il bien devenir s’il ne peut plus souffler?

Avancer, devancer, mon expansion est illimitée

Et vous me dites que je dois tout arrêter !

Que faire et où diriger

Cette force infinie qui m’a toujours portée

Au-dessus des obstacles et contre la gravité ?

Je file entre les doigts et m’élève dans les cieux,

Je ne descends ici-bas que pour un temps précieux

Celui de contempler le beau

Par essence éphémère

Rien de plus facile pour moi que de dire adieu

Et il faudrait que j’apprenne à prendre racine ?

Ne plus chercher hors de moi la soif et l’extase ?

Je viens du vide où tout se crée et se recrée

Je viens de l’espace où le mouvement est perpétuel

Je suis le renouveau d’où sans cesse je renais

Que voulez-vous que je fasse de ce coin de paradis

Qui n’a de sens pour moi que s’il est perdu ?

Ma croix est de ne jamais le retrouver

Et pour toujours continuer de le chercher

Comment vont ces gentes dames et comment se portent ces nobles gens? Faisons le décompte et je ne parle pas des urnes. Qui est encore là? Notre petit cœur, il faut le reconnaître, a été bien malmené. Une clé en or pour le réanimer: des rires d’enfants et le bruit de l’eau. Eh oui, vingt-cinq ans d’études pour comprendre ça. La vie ne répond qu’à plus de vie, elle se décide, elle s’affirme, elle se choisit et si c’est par le corps que s’incarne l’amour, c’est aussi par lui qu’on le fuit.

L’hiver est à nos portes, nul besoin de mages ni de dragons, la réalité a envoyé les fictions les plus folles se rhabiller.

Le monde est sens dessus dessous et nous n’en sommes qu’aux échauffements, les assassins de tous bords affûtent leurs lames, les tueurs de rêves, les bourreaux des cœurs, des âmes et des valeurs, les meurtriers de la dignité humaine et de la fraternité bienveillante n’attendent que de nous voir baisser les bras. Découragement et angoisses sont leurs portiers de nuit.

Le virus n’est jamais là où l’on croit et c’est le moindre de ses tours.

La vague bleue n’aura pas eu lieu, le vague à l’âme est déjà là.

Équipés de nos extracteurs d’oxygène, de nos vitamines et de notre chloroquine, nous pensons: comment avancer sans destination et où aller? Nous voici donc comme les aventuriers des temps anciens, lancés sur les routes sans mappemonde ni projet si ce n’est celui de traverser ce tunnel obscur de ne rien savoir ni contrôler.

L’obscurité n’est qu’absence de lumière.

Le chemin est intérieur, il l’a toujours été.

Comment gérer les sensibilités qui ne manquent de s’exprimer, il y a autant de vécus que de personnes on dirait. L’incertitude réveille des peurs profondes et les pires d’entre elles sont masquées.

Je tend la main, je cherche autour de moi à quoi m’accrocher, m’accrocher sans toucher, quel pari risqué!

Le quotidien le plus simple, les choses élémentaires, le présent, prendre soin, de près ou de loin, des proches. Les proches du cœur, plus que jamais à côté, si loin pourtant.

Nous sommes-nous suffisamment embrassés?

Miroir mon beau miroir

Que ne me renvoies-tu un reflet familier

Peu m’importe qu’il soit beau

Peu m’importe qu’il soit laid

Plus le temps passe moins je me connais

Mes traits se voilent

Mes contours s’estompent

Mon regard s’est comme élargi et il me semble

Voir à travers ce que je considérais pure matière

Au noyau fixe et aux contours nets

Ma vision n’est pas même rétablie par des lunettes.

Je règle mon contraste et vérifie mon diaphragme.

Comme ce chat qui n’apparaît que lorsqu’il se sait observé,

Sous l’attention flottante, je vibre puis ondule

Les fils dont j’étais tissée se sont d’un coup desserrés

Me laissant à nu sans craindre la critique

Car je comprends que nous ne sommes au fond

Qu’une drôle et grande illusion d’optique.

Séparés en apparence mais un en vérité

Tous pris dans la même toile

Telle est notre réalité

C’est entre nous que se tisse le plus beau des ouvrages

Enchevêtrés et emmêlés pour le pire et le meilleur

Chaque fil tendu tire vers lui d’autres cœurs.

Le miroir qui autrefois m’enfermait,

Ce cadre à l’intérieur duquel je me mirais

A éclaté en autant de débris que d’objets,

Manifestés dans le seul but de refléter

Chaque cœur battant

Blasé ou craintif

Soupirant

Abîmé

Tendre ou plaintif.

Chaque éclat est un bout de moi

Chaque reflet une manifestation spéciale

En apparence seulement d’une vibration générale.

Miroir ô miroir

Me voici échappée de ton cadre

Me voici plus vaste que les limites de ma peau

Je déborde

Réfléchie par tout objet bien au-delà de ta cage

Miroir ô miroir

Est-ce toi ou bien moi que je reconnais en chaque chose

Te voici tout d’un coup plus large que ma vue

Serait-ce plutôt toi qui te reflète en moi

Tandis qu’en m’effaçant petit à petit

Je deviensmiroir à mon tour

Miroir beau miroir

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